LE FITAMPOHA ou le Bain de reliques sacrés
En Août mais tous les 5 ans, les Sakalava du Menabe se donnent rendez-vous à Belo sur Tsiribihina pour le Fitampoha. Cette année, elle s'est déroulée du 26 Août au 3 septembre.
Les reliques sacrés que les Sakalava nomment "Dady" ou "Jiny" sont les restes symboliques des souverains. Lorsqu'arrive la date des ablutions sacrées, les fidèles se groupent autour de la tente centrale, la conque de marine résonne, les appels des tambours deviennent frénétiques et tous les cuivres se déchainent. De temps en temps des salves sont tirées... quand les fusils fonctionnent et un à un, les 9 gardiens des reliques royales fixent sur leurs épaules ou attachent à leur ceinture le précieux fardeau qu'ils doivent transporter processionnellement jusqu'à la Tsiribihina. Les porteurs sont coiffés et ceinturés de rouge. Un pagne de tissu imprimé leur recouvre les reins. Ils sont précédés et suivis de gardes portant fièrement de vieux fusils datant de la campagne de Russie ou des sabres plus vieux encore, et dont la rouille a mangé par endroit plus de la moitié de la lame.
Le lieu des ablutions, choisi est parfaitement dégagé. Il est nécessaire, en effet, que les reliques soient trempées dans une eau vierge de souillure. La coutume, d'ailleurs, veut que pendant le Fitampoha, aucun déchet ne soit déversé dans le fleuve en amont de l'endroit où le bain doit se dérouler et que les boeufs eux-mêmes s'abstiennent de passer à gué. Il est juste de reconnaître que, soit par vénération, soit par crainte superstitieuse, cet interdit est respecté.
Arrivés sur le bord du fleuve, les porteurs de reliques observent un temps d'arrêt puis s'engagent dans l'eau jusqu'au-dessus de la ceinture. Alors, à tour de rôle, tandis que résonne la conque, ils sortent de leurs minuscules réceptacles de cuir les restes des anciens Mpanjaka. Ce sont des restes symboliques: des os frontaux, en signe de lucidité, de science et d'intelligence; des dents, en signe d'éloquence; des ongles, en signe de fermeté et de constance; des rotules, en signe de souplesse et de diplomatie... Ces reliques sont immergées avec lenteur, puis frottées doucement d'une écorce spéciale, sous les yeux du Mpanjaka en exercice et de ses descendants. Après le bain, le cortège quitte le fleuve et regagne le terre-plein sur lequel est dressée la tente et où les réceptacles contenant les reliques sont mis à sécher sur des pieux. Une dernière nuit s'écoule au milieu des réjouissances et, dès le lendemain matin, le retour solennel des restes s'effectue en pirogues et en canoë jusqu'à Belo-sur-Tsiribihina.
Pendant 30 années, des reliques prélevées des dépouilles de 4 ancêtres royaux de la région du Menabe, et appelés "Efadahy masina", ont été installées dans le "zombabe" du doany Atsimo. Le doany, un lieu sacré où des croyants de cette coutume cultuelle, de tous les horizons viennent chaque année se recueillir devant les esprits morts afin d'obtenir leur faveur, richesses, protection contre les mauvais sorts... ou autres bénédictions. L'année qui suit, ils viennent remettre des offrandes, consistant le plus souvent en don pécuniaire, en signe de reconnaissance des avantages octroyés par les ancêtres.
LA GUERRE DES RELIQUES SACREES
Le Tribunal de Mahajanga avait prononcé le 23 juillet 1958 un verdict en faveur des nordistes pour la garde des "masina". Depuis cette date, les gardiens du Doany du Nord n'ont cessé de trouver le moyen de récupérer ces "masina", car de leur avis, ils en étaient les véritables acquéreurs. Les sudistes, dépités, avaient brûlé leur propre "doany" afin que les gens du nord ne puissent s'en emparer. Selon la version des sudistes, quand le "doany atsimo" avait été incendié, les reliques qui s'y trouvaient ont été consumées par les flammes, donc disparues. Mais selon les dires des descendants princiers qui gardent le "doany atsimo", ce sont les gens du nord eux-mêmes qui auraient commis cet acte en tâchant de subtiliser au préalable les "masina". Tongozo, une personnalité royale du nord décida alors de s'enquérir d'autres reliques pour pouvoir perpétuer la coutume du Fitampoha. A cet effet, il envoya le prince Pierre Mohanjy pour demander cet objet sacré dans le Menabe auprès des descendants de la dynastie royale Kamamy, les héritiers princiers de cette région. Le prince Pierre Kamamy, alors roi de cette région, a accepté cette sollicitation et a écrit une lettre comme preuve de cet accord. Une délégation constitué de deux hommes et de deux femmes était partie quérir les reliques. Le 17 novembre 1961, le prince Pierre Kamamy s'étant rendu à Miarinarivo pour constater les états des choses, avait désigné le "doany atsimo" comme étant plus approprié pour recevoir les reliques, car plus respectueux des coutumes. Après bien des tractations plus ou moins fallacieuses pour obtenir la garde des "masina", le 8 janvier 1973, Désiré Noël Randrianirina, prince héritier du "doany atsimo" emmenant avec lui un régiment de militaires, était venu les prendre de force. Depuis, les reliques n'ont pas changé de place.
Des enjeux plus économiques que spirituels
Les gens du "doany atsimo" ont commis des actes profanatoires en ayant changé plusieurs aspects du Fitampoha. En effet, déjà par la constitution du "zombabe"(l'abri du "masina"), si jadis il était en paille et en bois, dans le "doany atsimo" un bâtiment en dur couvert de tôles métalliques en tient aujourd'hui lieu. Pour la clôture appelée "valamena", des piliers en béton armé ont remplacé les piquets en bois. En outre, certains aspects de la pratique même du Fitampoha ont abandonné leur originalité. La musique s'est modernisée... Ecoeurés par cette modernisation qu'ils assimilent au sacrilège, et par souci de retrouver cette originalité perdue, les descendants princiers du nord tiennent à récupérer les "masina" pour que ceux-ci retrouvent leur vraies valeurs.
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