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LA MUSIQUE DES ANCETRES DE MADAGASCAR
En l'absence de sources écrites, inexistantes avant le XVIème siècle, et de certitudes d'origine archéologique, on connaît la musique traditionnelle telle qu'elle était pratiquée à l'époque des ancêtres à travers des contes et légendes, les transcriptions des premiers missionnaires européens et les pratiques observées lors des rituels familiaux dont la tradition est la mieux préservée.
Parmi les contes et légendes, il en est un d'origine tsimihety dont les significations symboliques se retrouvent dans de nombreuses régions. Il raconte comment Zanahary, le dieu créateur, offrit des instruments de musique aux humains désœuvrés. Les hommes indifférents les refusent et Dieu les punit en les métamorphosant en chiens domestiques, les vouant à l'impureté et à la soumission. La légende atteste de l'origine sacrée de certains instruments de musique précisés dans le récit, et encore utilisés de nos jours dans les rituels, en particulier le valiha et les tambours sacrés sur cône. La légende stipule en outre que les rois sakalava possédaient des instruments, différents des précédents, qu'ils font partie des objets honorifiques et des instruments de pouvoir des rois. Le conte décrit des tambours, un bâton de rythme et un hautbois, chacun associé à un symbolisme et à une fonction particulière. Outre les tambours en forme de tonneau et féminins, dynamisés par les baguettes phalliques, le tambour sert d'assise à l'enfant à circoncire pour assurer sa virilité future, et il est utilisé pour prévénir, selon un rythme codé, de l'arrivée d'un personnage important. C'est pourquoi le tambour fait partie des prérogatives royales dans les monarchies sakalava. Le bâton de rythme, autre symbole phallique, est décrit comme associé aux rites de fertilité, notamment lors des prières qui suivent les récoltes. Le hautbois et la trompe à long manche, caractérisés par la puissance de leur son, sont réservés aux grandes occasions, dans les circoncisions où ils inculquent de la force au circoncis ou pour communiquer avec les ancêtres lors de funérailles. Le récit confirme la datation des instruments d'origine islamique, tous postérieurs aux autres, et leur répartition géographique qui résulte autant d'immigrations d'origine extérieure que des nombreuses migrations intérieures à l'Île.
Si on s'en remet aux données de l'histoire musicale universelle, il est probable que la musique de l'époque ancestrale, lorsqu'il s'agissait avant tout de dompter la nature, d'éloigner les maladies ou de gagner une bataille, se réduisait à des incantations auxquelles on associait la sacralité des instruments et les pouvoirs surnaturels de la musique sur les êtres humains, la nature et l'invisible. Même si leur fonction magique et religieuse a cédé le pas au fur et à mesure de leur banalisation, le syncrétisme particulier à Madagascar a conservé aux instruments de musique un rôle cultuel symptomatique de celui qu'ils ont pu jouer autrefois. En revanche certains instruments ont été détrônés dans cette fonction par des nouveaux arrivés, estimés plus efficaces et mieux aptes à servir les événements auxquels on les associe. C'est ainsi que le hazolahimbazimba, tambour sacré des Vazimba, l'ancien peuple de Madagascar, une demi-calebasse renversée et frappée à l'aide de baguettes dans un récipient rempli d'eau à la sonorité profonde et caverneuse, a été remplacé par les hazolahy, les tambours sacrés des nouveaux arrivants. La valiha a été supplantée par le gorodao, « bandonéon » lui-même délaissé pour le kabosa, « luth court pincé ».
Interprétées en toutes occasions, ces musiques traditionnelles sont de rythme essentiellement ternaire (division ternaire du temps en 'filigrane' avec articulation toutes les deux ou trois croches). Les tempi sont assez vifs (autour de 135 pulsations par minute) et on semble y percevoir des éléments d'origine arabe. Musiques modales, elles font entendre aussi des polyphonies vocales à deux ou trois parties.
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