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La musique de Madagascar à l'époque coloniale
La musique profane européenne commence aussi à pénétrer la cour. Sous Ranavalona III, Razafindriantsoa, une aristocrate virtuose du valiha, compose l'afindrafindrao, ce quadrille à rythme modéré où l'on pointe tantôt le bout des pieds tantôt le talon, alternant gauche et droite au pas de marche, par lequel on continue d'ouvrir les soirées officielles ou privées. Avec la colonisation, les administrateurs français apportent leurs diverstissements et créent le Théâtre des folies militaires, suivi de la construction du Théâtre municipal à Ambatovinaky. À l'occasion de son inauguration, le journal Vaovao frantsay-malagasy publie le compte rendu suivant : « le théâtre municipal qui est un lieu de divertissement ouvert à tous, admettra aux fauteuils et aux premières places les Malgaches qui seront vêtus à l'européenne. Ceux qui voudront assister au spectacle, mais n'auront pas les moyens de s'habiller comme les vazaha (étrangers, blancs) auront, à des prix moindres, des places d'où ils verront parfaitement tout ce qui se passe sur la scène (aux deuxièmes et troisièmes places) ». Dans ces conditions, le théâtre deviendra rapidement le symbole de la réussite sociale, chacun s'efforçant d'accéder aux premières loges!
Le théâtre d'Ambatovinaky va rapidement se malgachiser. La découverte de l'opérette au style léger et désuet et inspire les artistes malgaches accoutumés à la rigeur des chants liturgiques. Sa malgachisation va donner naissance au kalon'ny fahiny, « les chants anciens », sortes d'opérettes accompagnées au piano où les acteurs sont habillés à l'occidentale : nœud papillon pour les hommes et robes de soie pour les femmes. Le sens des paroles est souligné par des gestes gracieux des mains. L'amour est l'unique sujet autorisé mais, en cette période d'oppression de leur sentiment patriotique, l'amour filial recouvre en termes voilés celui de la patrie. La technique vocale originale repose sur le registre aigu de la voix féminine, capable d'exécuter les angola ou filatro, sortes de fioritures ou d'ornementations vocales autour d'une note déterminée. Cette voix nasale très caractéristique n'a aucun rapport avec la voix soprano occidentale. La justesse, au sens occidental classique du son pur, lui est étranger. En revanche, on retrouve les angola et filatro dans les chants populaires ou le théâtre asiatiques. La voix masculine comprend deux catégories : le beso et le fasy équivalents du baryton et du ténor. Le beso doit être exécuté d'une manière rapide et enlevée en accentuant la gravité du timbre vocal et son caractère viril. Dans le fasy, on apprécie la chaleur et la beauté de la voix. La difficulté du kalon'ny fahiny réside dans la combinaison et la coordination de tous ces éléments vocaux construits d'une manière linéaire et autonome. Les mouvements mélodiques indépendants et la scansion des parties juxtaposées créent des rencontres harmoniques et rythmiques originales. Malheureusement ce genre tend à disparaître de nos jours malgré quelques tentatives pour le conserver en tant que patrimoine culturel.
Parallèlement, la vie musicale s'institutionnalise progressivement par l'intégration de l'enseignement musical dans les écoles, la publication d'ouvrages didactiques, la création d'un orchestre symphonique en 1965 et d'une Académie de musique en 1963 qui forme les enseignants malgaches. La musique devient un moyen de promotion sociale et la maîtrise du solfège et du solfa pour le chant choral devient un atout pour les nombreux compositeurs des années 30. Néanmoins, aucun ne réussit en musique ce que Rabearivelo a réalisé en poésie chanter l'âme malgache en français. Les compositions instrumentales d'auteurs malgaches, comme Charles Rasoanaivo, sont des imitations de la musique classique européenne à notre connaissance, aucune œuvre s'inspirant du folklore ou de la musique traditionnelle, comme celles de Beethoven, Falla, Bartok ou Chopin, n'est encore parvenue à donner un caractère universel à la sensibilité musicale malgache.
Dans le reste de la société, l'engouement pour la musique de variétés françaises, malgache et américaine à travers le jazz, ne s'est jamais démentie. L'éloignement géographique met les autres régions ne marge des grands mouvements artistiques de la capitale. On y pratique les zafindraona, les beko a capella, chants funéraires ou épiques de l'Androy, ainsi que les chants chorals sakalava de plus en plus reconnus pour leur valeur artistique.
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