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MUSIQUE


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La Musique au temps des royaumes
     On sait peu de choses sur la période précédent la règne d'Andrianampoinimerina (1787-1810) qui a structuré la société merina autour de la monarchie et réglementé les castes et les corvées royales. Reconnaissant le pouvoir du chant dans la mise en valeur du pouvoir, le roi désigne des familles pour former des groupes de chanteurs-danseurs-instrumentistes qui, dans le cadre de la corvée, sont chargés d'accompagner le souverain dans ses sorties officielles, et de participer au divertissement royal. Cette spécialisation permet de former de véritables professionnels. On les appelait les mpihiran'andriana, "chanteurs au service des princes" et leurs chants, les hira tsangana, "chants debout", s'exécutaient debout en signe de respect envers le souverain et sa famille, contrairement aux chants qui se chantaient assis en cercle en signe d'unité du groupe social sur les places publiques des villages. Les hira tsangana se devaient de louer et d'encenser le souverain. Après le mariage d'Andrianampoinimerina avec une princesse sakalava, ils furent supplantés à la cour par un genre identique d'origine sakalava, le antsa, "chant de louanges sacré en l'honneur du roi". Les mpihiran'andriana délaissés gagnèrent progressivement leur autonomie et le hira tsangana devient peu à peu un genre populaire exécuté dans les villages lors des cérémonies familiales (circoncisions, funérailles, exhumations, etc.). C'est au moment de la période coloniale que la dénomination de hira tsangana a été changée en hira gasy, "chants malgaches" encore très vivaces aujourd'hui.

     Les origines sakalava du antsa servaient les ambitions hégémoniques d'Andrianampoinimerina sur toute l'île, comme en témoigne le récit de son adoption par le roi : « Rambolamasoandro (épouse sakalava du roi) présente son Dieu, l'idole Manjakatsiroa, au Roi qui lui demande ses exigences. La princesse lui répond : “on bat le hazolahy, signe de suprématie et on chante le antsa signe de noblesse”. Pour satisfaire la curiosité du Roi, Rambolamasoandro appela des Sakalava, 30 hommes et 50 femmes qui exécutèrent le antsa. Andrianampoinimerina apprécia car l'épouse, il l'a reçue pour compagne, le Dieu, il l'a reçu pour prier, le antsa est un beau divertissement, le hazolahy est un signe de noblesse ! »

     Le antsa originel va s'enrichir avec le renforcement du pouvoir monarchique mais s'affaiblir avec lui. Durant le règne de Radama I, qui ouvrit le pays à la civilisation étrangère, de jeunes aristocrates furent envoyés à l'île Maurice et en Grande-Bretagne pour constituer une fanfare officielle comme il était d'usage dans les cours européennes. Aussi, pouvait-on entendre le "God Save the King" à l'apparition du roi, en lieu et place des antsa d'Andrianampoinimerina, son père. La reine Ranavalona I, hostile aux influences étrangères, développa et institutionnalisa le antsa, fournissant même aux jeunes chanteuses et aux instrumentistes une structure officielle leur permettant de s'y consacrer entièrement. Elle prit soin, comme ses prédécesseurs, de les recruter dans différentes régions de l'île. Mais les hymnes firent petit à petit leur apparition à la cour conjointement à la pratique du antsa. Sous Radama II, l'hymne était encore inspiré de la musique traditionnelle de l'Imerina avec le style responsorial, les mélodies sobres mais expressives. L'alternance des modes majeurs/mineurs donnait une impression étrange en contraste avec les paroles glorieuses du texte. Par la suite, ils deviennent des répliques du chant choral religieux européen, chantées en tonalité majeure et les paroles sollicitent Dieu pour protéger le Roi.

     De cette tradition musicale proprement malgache, outre les rija, sasy ou beko des régions côtières, le hira gasy est une forme d'expression artistique complète qui mêle l'art du discours, de la danse et du chant. Dans le Sud, on recontre les sery, groupes de musiciens, danseurs et acrobates ambulants, spécifiques à cette région.
     Andrianampoinimerina avait également mis en place des concours de chants et de danse pour jeunes filles, le fampitaha, destiné à préserver la paix entre villages. Les participantes y faisaient étalage de leur savoir-faire, de leur talent et de leur beauté. Parées de fleurs dans les cheveux, elles se mettaient en valeur par des mouvements gracieux tels les tsipy tànana, « jeux de mains qui se referment et s'ouvrent gracieusement », ou les dihy soroka « mouvements des épaules qu'elles avancent alternativement d'avant en arrière avec les mains posées sur les hanches ». Les pieds exécutaient des petits pas en coordination avec les mains et le haut du corps. Contrairement aux danses côtières, sur les Hautes terres, on bouge rarement les hanches ou le postérieur et il est recommandé de garder le tronc à la verticale avec toutefois des mouvements possibles du buste de gauche à droite ou d'avant en arrière et ce, debout ou agenouillée. Les fampitaha se déroulaient également à la cour où les jeunes filles nobles portaient leurs bijours de corail - couleur du sang - et de l'or, et se revêtaient de tissus précieux. Accompagné d'un groupe de 5 musiciens composés de ampongalahy, « tambours mâles », et de flûtes sodina, le genre connut une telle expansion aux XIXème siècle, qu'on le pratiqua à Mahamasina devant toute la population.
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