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Hit parade de la Musique malagasy
Genres Musicaux


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L'Opéra paysan
« Hira Gasy »
Une tradition de charme...

     S'il est un spectacle à ne pas manquer sur les Hautes plateaux, c'est bien le "Hira Gasy", un genre unique à Madagascar. Mi-théâtre mi-opéra, opéra paysan, le "Hira Gasy" qui veut littéralement dire "Chant Malgache" est une forme d'expression artistique très populaire, complète qui mêle l'art du discours, de la danse et du chant.


     Plus qu'un simple divertissement, cette tradition originale occupe une place de choix dans le patrimoine culturel de la Grande Ile, notamment dans l'Imerina où souvent, lors des fêtes et cérémonies familiales ou communautaires (naissance, mariage, exhumation ...) ou officielles (fêtes nationales ...), au moins une troupe est conviée à assurer une partie de l'animation. Le plus souvent 2 troupes jouent alternativement leurs parties au cours d'un même spectacle et s'affrontent pour la poésie du verbe, la philosophie de leurs sentences, la mélodie des voix, la grâce des gestes, l'élégance des costumes. Le Hira gasy doit une part de son succès aux costumes d'apparat des artistes : redingotes rouges et grands canotiers pour les hommes, longues robes et ombrelles pour les femmes. A l'origine, les comédiens du hira gasy jouaient en malabary (longues chemises) et robes blanches, mais au contact de la cour ils ont cherché à se vêtir comme les dignitaires.


 

La danse Sakalava par Ny Voninavoko

 Le Hira gasy doit une part de son succès aux costumes d'apparat des artistes.

 

     Seul juge, le public - paysans, chômeurs, ouvriers, poètes... assis en cercle autour de la scène - départage les troupes à l'applaudimètre ou par les pièces de monnaie. L'ambiance est chaude, pendant les derniers actes, après plusieurs heures de spectacle.


     Ces spectacles — souvent tenus dans un théâtre populaire, au "kianja", stade, marché..., d'une grande beauté — peuvent durer des journées entières.


... des chansons traditionnelles basées sur la morale

     Le "Hira Gasy" a comme fonction sociale de perpétuer les traditions des Hauts-Plateaux. Ce théâtre rural trouve son origine dans la structuration du royaume merina par Andrianampoinimerina. Il convoquait alors à sa cour les meilleurs danseurs, chanteurs et acrobates de chaque village, à tour de rôle. Cet honneur a généré une grande émulation autour de figures imposées, devenues au fil du temps des rituels immuables.
     Les chants hira gasy ont joué un rôle de communication entre la reine Ranavalona et ses sujets, au XIXème siècle. Les artistes convoqués par la reine étaient chargés de transmettre la parole du palais dans les villages. Inversement, la souveraine prenait le pouls de son peuple en écoutant les chants venus de la campagne. Les paroles mises en scène par ces artistes-paysans expriment les peines et les joies, l'espoir et le désespoir d'un monde pauvre qui n'a d'autres voix pour se faire entendre. Avec bien sûr mille précautions oratoires. Ce sont des chansons traditionnelles basées sur la morale, reprenant des proverbes, accompagnées d'instruments à vent et d'une sorte de tambour, l'Aponga qui donne la cadence. Les mpihira gasy — comédiens du hira gasy —, impertinents troubadours, puisent largement dans la tradition malgache du hain-teny : le Kabary, le palabre, la poésie pour bâtir leurs textes qui contiennent toujours un message. Véritable art poétique, le hain-teny joue avec les mots, les métaphores et les paraboles pour exprimer les sentiments de l'amour ou du malheur, les revendications et les critiques...
     La structure d'un spectacle de hira gasy est très précise, construite sur le mode des kabary royaux de l'ancien temps. Il se compose généralement de 3 parties équivalentes, correspondant à 3 thèmes choisis par la troupe. Chacune d'entre elles débute invariablement par l'entrée des hommes, en musique. Ils mettent le public en haleine avant l'entrée des femmes. Les idées sont présentées et appuyées par le Kabary, prononcé au début de chaque représentation par le doyen de la troupe. Véritable spectacle à lui seul, ce discours donne l'occasion de saluer les ancêtres, de remercier le public, d'exposer le thème et de chercher d'emblée à faire la différence avec les rivaux. Puis le thème est longuement décliné, en chants et en apostrophes plus ou moins improvisés. Viennent alors les danses, individuelles, en couple ou collectives, puis le divertissement final, où les plus jeunes sont invitées à montrer leurs talents d'acrobates.


... mais qui malheuresement tend à disparaître

     Pendant l'hiver austral, ces spectacles moralisateur à la fois déclamé, chanté et dansé, abondent, car le temps étant frais et sec. Le "Hira Gasy" ne nécessite pas d'installation particulière et peut se jouer sur n'importe quel terrain vague. Il suffit d'un espace suffisamment important et une scène naturelle se crée, aussitôt investie par les chanteurs et danseurs aux costumes colorés.
     Né sur les Hauts Plateaux, il est néanmoins également très apprécié dans les provinces, au vu des foules que ces spectacles en plein air déplacent. Et partout, les spectateurs fascinés savourent, encouragent, crient leur approbation.
     Selon la tradition, il semblerait d'ailleurs que le Hira Gasy trouve ses origines dans les concours amicaux de danses et de chants du XVIème siècle. Sortes de ménestrels malgaches, les troupes de hira gasy se sont adaptées à l'évolution de la vie sociale, économique et culturelle du pays, conservant et enrichissant leur art au fur et à mesure de leurs tournées sur les Hauts Plateaux. Parent pauvre des expressions artistiques traditionnelles aux XIXème sicèle, le hira gasy a retrouvé sa valeur comme référence culturelle vers les années 70, lorsque les Malgaches ont entrepris ce qu'on appelait alors le "retour aux sources" culturel. Aujourd'hui malheureusement, faute de moyens, le Hira Gasy tend à disparaître, portant du même coup atteinte au patrimoine culturel malgache. Les troupes professionnelles d'Hira Gasy, se produisent plus comme ils faisaient auparavant chaque dimanche après-midi au "Tranom-pokonolona" dans le quartier d'Isotry (Antananarivo)...

Ny Voninavoko
opéra aux pieds nus mais aux riches costumes

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