LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE MALAGASY
Témoignage matériel et linguistique d'une culture métisse
Les instruments de Musique malagasy témoignent le fait que Madagascar est une terre de symbiose et contrastes. Cordophones, aérophones, membranophones ou idiophones, ils sont imprégnés de l'identité culturelle des émigrés qui ont jadis peuplé l'île, et révèlent une grande diversité d'origine. Aujourd'hui encore, la richesse instrumentale Madagascar ne manque pas de refaire surface lors des nombreuses cérémonies traditionnelles qui jalonnent la vie sociale.
[ Archaïque et rustique ]
es instruments de musique malagasy se caractérisent par leur archaïsme et leur rusticité. Ils ont peu évolué depuis leur introduction à Madagascar et sont fabriqués essentiellement avec les matériaux disponibles dans chaque environnement comme le bambou, le bois léger ou dur, la fibre de sisal, la peau de zébu ou de chèvre pour les membranes des tambours, la liane et, plus récemment, le nylon et l'acier. Ils ont ainsi gardé leur originalité et leur spécificité. Néanmoins, ils s'ouvrent aux autres cultures et styles. On peut citer la valiha, instrument à corde composé d'un corps en bambou et de multiples cordes tendues autour du corps. Les nombreux modèles de tambours, de cithares et autres flûtes. Des " djembé" de qualité sont fabriqués localement par des spécialistes des percussions. La musique exerçant surtout une fonction sociale, certains musiciens n'hésitent devant aucun matériau de récupération (bidon d'essence, cuvettes en acier ou tôlerie de tout genre) pour se fabriquer des instruments imitant les instruments occidentaux.
Ici, on attribue aux instruments des caractéristiques humaines qui entrent dans le vocabulaire servant à les décrire, orientent leur symbolisme et par conséquent leur fonction rituelle. On nomme fréquemment vava (bouche) la partie par laquelle l'instrument émet le son, loha (tête) sa partie supérieure ou vody (fesse) la partie inférieure des tambours à peaux. Les tambours sacrés, d'une exceptionnelle diversité à Madagascar, sont souvent joués par paires et s'opposent en adulte/enfant ou en mâle/femelle. Le gros tambour à son grave est généralement la mère ou la femelle car elle représente la fécondité et la vie, le plus petit, la fille ou le mâle, symbolise la dynamique. La plus grande peau, ambaviny, femelle, se bat à main nue, symbole féminin, tandis que la plus petite, andahany, masculine, rend un son aigu et se frappe avec une baguette en bois à connotation phallique. Cette opposition se retrouve au niveau de la technique musicale : rythmes, répartition des voix dans le chœur et dans la hiérarchie des sons. La fonction d'un instrument est également liée à la valeur symbolique des matières qui entrent dans sa composition : le bambou, symbole de longévité et de sagesse, pour le valiha, autrefois instrument sacré ; ou la noblesse du bois imputrescible et parfumé dans lequel était taillé le katiboky, "xylophone sur cuisse", instrument de rituel puis de divertissement.
Les instruments de musique traditionnels varient selon les classes d'âges, les métiers et même les saisons. En effet, les enfants se confectionnent les "farara vava" en "volo" (bambou) au printemps. Les jeunes, plus agiles, optent pour les sodina (flûte malagasy) ou pour le kabosy, surtout s'ils sont bergers ou travaillent dans les champs. La valiha, quant à elle, appartient aux adultes, gardiens de la tradition orale.
Les origines
À l'instar des quatre aires culturelles d'origine, on retrouve parmi eux les mêmes origines austronésienne, africaine, arabe et européenne ainsi que les quatre grandes catégories instrumentales : les cordophones, les membranophones, les idiophones (hormis les idiophones métalliques), et les aérophones.
Pour l'origine austronésienne : valiha (harpe tubulaire), rondro, atranatrana, kilangay, hazolahy, amponga tapaka etc.
Pour l'origine africaine : lokanga voatavo (cordophone), kijejy, tambovo, tsipakilangay, kaiamba etc.
Pour l'origine arabe : anjomara, torompotsy, sodina (flûte malgache traditionnelle), kabosy (luth), kabiry (hautbois) etc.
Pour l'origine européenne : faray sotro telo, lokanga (violon), takoratsaky, korodoño (accordéon), langorona (tambour militaire), gorodao (accordéon diatonique) et l'instrumentarium moderne (batterie, guitares, claviers, cuivres etc.)
Autres instruments : farara (aérophone en tige de riz écrasée), kiloloka (sifflet à bec en bambou fermé), antsiva (conque traversière), jejolava (arcs à résonateur ), marovany (cithare-sur-caisse), faray (un hochet en tube cylindrique), koritsa (hochet), katsa ou kantsa (hochet), jejo bory (cithare-sur-bâton) etc.
Les idiophones, dont le corps produit des sons par frottement ou percussion, sont très anciens, rudimentaires, surtout présents sur les côtes Est et Ouest et de moins en moins joués.
Les membranophones, tambours à peaux frappées, restent très utilisés pour les rituels sur la côte Ouest et dans le Sud, notamment lors des circoncisions collectives (sambatra) et le bain des reliques royales (fitampoha) où ils revêtent un symbolisme de virilité et de pouvoir. Mais ils représentent aussi la puissance en tant qu'instruments de guerre, ou encore le monde céleste par leur lien privilégié avec les personnages de sang royal. Dans les autres régions, les tambours servent à accompagner des voix, d'autres instruments ou des danses. Sur les Hautes Terres, les grands tambours mâles des ancêtres ont disparu au profit des tambours militaires importés d'Europe.
Les cordophones, à cordes pincées ou frottées, proviennent du Sud-Est asiatique et des pays arabes. On les retrouve sur les Hautes Terres, dans le Sud et la côte Est. Instruments rituels des séances de possession, ils rythment les récits épiques du Sud et sont utilisés pour leurs capacités mélodiques ailleurs. Le kabosa, luth pincé, à l'origine l'instrument des musiciens nomades de l'Est et du Sud, est aujourd'hui très en vogue des jeunes dans toute l'île.
Les aérophones, dans lesquels on souffle, sont originaires de Polynésie, du Sud-Est asiatique et des pays arabes et sont utilisés surtout sur les Hautes Terres et dans le Sud-Ouest. Outre la flûte droite, on trouve encore des kiloloko, sifflets en roseau, dans la région de Morondava.
Les instruments européens, introduits à partir du XIXème siècle, se sont souvent substitués aux instruments locaux pour les cultes des ancêtres ou les séances magico-religieuses, entraînant une réduction progressive non seulement de leur nombre mais aussi de leur aire de répartition géographique. Néanmoins, de nombreux instruments traditionnelles sont encore utilisés au cours des fêtes et cérémonies.
Les instruments les plus usités par les musiciens du tromba sont le valiha, une sorte de cithare sur tuyau fabriquée avec un tube de bambou, à noeuds très distancés; l'accordéon, le faray, un hochet en tube cylindrique contenant des grains de riz blanc qu'on agite, et bien entendu, les rombo ou claquements de mains. Les instruments de musiques sus-mentionnés sont importants pour autant qu'ils servent à accompagner les chants sacrés, exécutés lors des cérémonies du tromba, ou à donner tout simplement un rythme.
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