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Depuis la reprise de "Fields of Gold" par le
groupe corse I Muvrini et l’anglais Sting, auteur de ce tube
mondial, le chorus du malgache Régis Gizavo est entré dans
toutes les oreilles. Bien nous en fasse... et lui en fasse car
depuis cette superbe improvisation, Régis se trouve hissé au
rang des plus grands accordéonnistes du moment.
Tuléar,
1971 - Dans une case du quartier de Mahavatse, un groupe de
gamins armés d'instruments de fortune, interprète des airs
entendus à la radio - variété française ou américaine, musique
sud-africaine ou mozambicaine, au gré des ondes qui atteignent
cette contrée oubliée, à l'extrême sud-ouest de
Madagascar.
Dans une case voisine, une femme est en
transe. Entourée de parents, elle est en proie aux caprices
d'esprits qui la secouent et la transfigurent. Tout à coup,
elle perçoit le son de l'accordéon derrière le mur, et la
voilà prise d'une frénésie de danse. L'accordéon, c'est par
excellence, l'instrument de la transe; dans cette région les
accordéonistes sont de tous les rituels, de toutes les
fêtes.
Vite, on envoie chercher le musicien
providentiel. Surprise: c'est un enfant de douze ans, Régis
Gizavo, qui s'enfuit à la vue de la femme possédée ! On le
rattrape et on le ramène de force. Il jouera les yeux fermés,
terrifié, mais parviendra peu à peu à calmer les esprits et à
délivrer la femme.
L'ambivalence du talent de Régis
Gizavo est toute entière dans cette
anecdote.
L'homme
Fils d'un instituteur aux
idées modernes, qui jouait de l'accordéon musette et
l'enseigna à cinq de ses treize enfants, Régis a poursuivi des
études de gestion jusqu'en faculté, et pratiqué toutes sortes
de genres musicaux dans son île et en Europe, où il réside
depuis 90. Mais dans son ethnie Vezo (pêcheurs de la
côte sud-ouest malgache), et dans toutes celles qui peuplent
la région de Tuléar (Masikoro, Mahafaly...), l'accordéon a une
connotation religieuse trop puissante pour que Régis n'en soit
pas, quelque part, imprégné. Tous les étés il retournait au
village de sa mère, Tampolo, de l'autre côté du fleuve
Mangoky, où il écoutait jouer les accordéonistes traditionnels
et s'il n'a pas appris les musiques de transe, il a grandi dans
leurs pulsions, et leurs grooves lancinants viennent
naturellement sous ses doigts. Sa première formation
sera celle des Flibustiers, un groupe qui anime les soirées
locales. Lorsqu'il les quitte pour se remettre à ses études,
il a à peine quinze ans. Puis il est embauché par un groupe
plus professionnel, les Sailors, qui accompagne la chanteuse
Angeline en concert et à la radio. L'accordéon appartient au
patron, comme c'est souvent le cas à Madagascar; Régis n'aura
son propre instrument qu'en 90. A vingt-cinq ans, après
les études, il entreprend un périple à travers l'île qui lui
permettra de jouer avec de nombreux musiciens traditionnels et
modernes. Dès 89 il a commencé à enregistrer ses
propres compositions avec Landy, une chanteuse de Tuléar
installée à Antananarivo. Il fonde aussi le groupe Jihé avec le
guitariste D'Gary, qu'il connaît depuis Tuléar. En 1990,
lauréat du concours musical "Découvertes" organisé par Radio
France Internationale, Régis débarque en Europe où le milieu
musical lui fait un accueil chaleureux et l'encourage à tenter
une carrière internationale (Manu Dibango, Ray Lema, Geoffrey
Oryema, Lokua Kanza, ...). Le batteur Francis Lassus l'invite
dans Bohé Combo, le groupe qu'il est en train de monter. Régis
accompagne Graeme Allwright, joue sur les albums de Zao,
Higelin, Les Têtes Brûlées et retrouve épisodiquement son
vieil ami D'Gary et le groupe Jihé. En 93 il devient
l'accordéoniste attitré d'I Muvrini, en remplacement du
jazzman Daniel Mille. Les quelques 300 concerts et sessions
assurés en deux ans à leurs côtés ne l'empêchent pas de
travailler à son premier album solo, qu'il enregistre autour
de Noël 95.
L'accordéoniste
Régis avait à
peine six ans lorsqu'il animait les fêtes de son école avec
l'accordéon diatonique de son père, le plus courant à
Madagascar. Lorsque Régis a 12 ans, son père fait
l'acquisition d'un accordéon chromatique à touches clavier
dont le fils fait immédiatement l'apprentissage. Sur cet
instrument il se constitue un répertoire varié, à la fois
traditionnel et moderne. Déjà, son interprétation de la
tradition sort des chemins battus: il joue au chromatique de
la musique faite pour le diatonique, ce qui lui donne une
accentuation différente. Lorsqu'à 19 ans il entame une
carrière professionnelle, c'est avec l'accordéon chromatique à
boutons d'un vieil ami - nouvelle technique encore, nouvel
apprentissage. Lors de son périple à travers Madagascar
il se produit dans chaque ville avec des instruments de
louage, accordéons de tous genres mais aussi valiha ou
guitare. Quant à sa voix, elle a un cachet original, à
la fois vibrant et velouté, qui n'est pas passé inaperçu du
jury de RFI ni des leaders d'I Muvrini. Comment
conjuguer tous ces talents ? Régis a fait un choix dépouillé,
celui d'un duo avec le percussioniste David Mirandon: "nous
sommes allés l'un vers l'autre, je ne lui ai pas imposé le
style malgache de percussions", explique-t-il. Les
compositions sont les siennes propres, celles d'un jeune
artiste du monde aux goûts éclectiques - et non pas le
répertoire traditionnel.
DISCOGRAPHIE
"Samy Olombélo" - Indigo/Harmonia Mundi
"Mikéa" - Indigo/Harmonia Mundi
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