Jaojoby, le Roi du Salegy
| Surnommé le Roi du Salegy, Eusèbe Jaojoby est incontestablement le chanteur le plus populaire de Madagascar et des îles de l'Océan Indien. |
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Accompagné par un groupe — en partie familial — qui peut tenir
la comparaison avec les meilleures formations de rock, funk ou jazz du
monde occidental, il est l'un des fondateurs et l'interprète le plus
renommé du style symbole de l'Ile Rouge : le salegy. Machine à rythmes implacables, ouragan de sons à l'appel lancinant, Eusèbe Jaojoby est le roi de la musique populaire urbaine de l'Ile Rouge.
Eusèbe Jaojoby descend de plusieurs groupes ethniques (St Mariens, Betanimena, Antimaroa, Tsimihety, Makua), mais chez lui le type africain domine, comme chez la plupart des côtiers. Il est né en 1955 à Amboangibe, près de Sambava, au Nord-Ouest de l'île. Fils aîné d'une famille de treize enfants, catholiques fervents, il apprend à chanter à l'église, où son grand oncle tenait l'harmonium. A l'âge de quinze ans, il part à Antsiranana continuer ses études ; mais un mois à peine après son arrivée, il gagne un radio-crochet et, tout en suivant l'école, il commence à chanter dans le night club local, « le Saïgonais », repaire d'anciens colons et d'expatriés. Ce n'est qu'en 75, lorsqu'il quitte le night club pour une formation plus jeune, les « Players », qu'il peut enfin jouer pour un public populaire et malgache.
Au début des années 70, Jaojoby sera l'un des tout premiers à chanter le salegy, jusqu'alors limité à quelques enregistrements instrumentaux.
C'est avec le groupe les « Players », dans les villages et les fêtes, qu'il met au point ce qui va devenir le salegy d'aujourd'hui, une musique moderne mais roots, calquée sur les styles et instruments traditionnels "le chant, dit-il, est celui des gardiens de boeufs qui courent devant leurs troupeaux ; la guitare imite le jeu des grands maîtres de valiha; les claviers ont le feeling de l'accordéon traditionnel, et la basse est calquée sur le son de cinq gros tambours. Quant à la batterie, elle reproduit l'ambiance d'une foule malgache un jour de fête : battements de mains, maracas, pieds qui frappent le sol." Le groupe se dissout en 79. En 1980, Jaojoby part à Antananarivo faire des études de sociologie, mais embraye très vite sur la musique; il chante au bar du Hilton en compagnie de la famille Rabeson, les fameux jazzmen malgaches. Parallèlement, il fait une carrière de journaliste radio, qui le conduit en 84 à la tête du service d'information d'Antsiranana. Rappelé à Antananarivo en 88, il y forme un nouveau groupe, qui remporte d'énormes succès. Un album enregistré en 87' Les maîtres du Salegy, a mis la danse à la mode, et Jaojoby est sacré "Roi du Salegy" par un quotidien local. Depuis, il s'est produit plusieurs fois pour la communauté malgache en France, a réalisé plusieurs cassettes. Quant au public "world music", il découvrira le salegy à l'occasion de la tournée 94 des festivals et des clubs. L'album Velono est le premier enregistré dans des conditions professionnelles, sous la direction artistique d'Hervé Romagny, talentueux guitariste de Ray Lema, qui connaît bien Jaojoby pour avoir rejoint son groupe en 86 et effectué avec lui une tournée de Madagascar. S'enchaînent alors, toujours sous la direction d'Hervé Romagny, l'album E Tiako, et plus récemment, Aza Arianao, tout juste sorti.
Issu des musiques populaires malgaches ancestrales (il remonterait au quinzième
siècle), venu du Nord avant de conquérir toute l'Ile, accompagnant les
rites de possession et les cérémonies liées au culte des ancêtres (propres
à Madagascar), basé sur un rythme ternaire hypnotique, un 6/8 furieux, le
salegy de Jaojoby est le fruit d'un métissage original.
Un mélange
d'instrumentation occidentale (guitares, claviers, batterie, percussions),
d'anciennes mélodies et de rythmes insulaires portant à merveille sa voix
et celle de ses choristes et solistes. L'orchestre de Jaojoby est
une redoutable machine à danser, un ouragan de rythmes implacables, d'une
précision et d'une cohésion uniques sur le Continent Africain et dans
l'Océan Indien. Le professionnalisme de ce groupe est dû à sa longévité et
à son habitude de la scène. À Madagascar, le salegy de Jaojoby est une
danse où les corps s'embrasent pendant des concerts qui peuvent durer cinq
heures et qui mènent à de véritables transes dans le public .
Les
textes des chansons, pour la plupart des compositions de Jaojoby, fraîches
et torrides à la fois, traitent de la réalité malgache et surtout de
l'amour, chacune constituant une véritable ode à la vie.
Ce nouvel
enregistrement a été réalisé à l'Ile de la Réunion, dans les conditions du
direct, au Bato Fou, à Saint Pierre, un des hauts lieux où se télescopent,
se rencontrent et se métissent tous les styles musicaux de l'Océan Indien.
On y retrouve tous les ingrédients, les épices, les couleurs, la folie et
l'intensité nécessaires à la réussite d'un concert de ce groupe; la voix
de Jaojoby, résonnant avec cette puissance et ce phrasé inimitable qui ne
sont pas sans rappeler les grands de la "Soul Music": James Brown, Otis
Reding; de même le grain et la beauté singulière de la voix de sa femme
Claudine (soliste sur deux titres) et la splendeur des choeurs. Quant à
l'orchestre, il faut remonter à ceux de Franco au Congo, de Fela Kuti au
Nigéria, des Soul Brothers en Afrique du Sud pour trouver l'équivalent au
niveau du "groove" et de l'incandescence rythmique.
« Malagasys », le
dernier opus de Jaojoby est l'occasion de découvrir, à travers l'un de ses
grands hérauts, l'universalité de la musique de la Grande Ile.
DISCOGRAPHIE
- Velono [ ].
- E Tiako [ ].
- Aza Arianao [Indigo].
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