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SYLVESTRE RANDAFISON

Un propagandiste de la Valiha

Doué d'un talent exceptionnel, d'un instinct sûr et d'une grande vivacité, Sylvestre Randafison faisait vibrer sa "valiha" avec tellement de finesse, de majesté, de sensibilité et de passion qu'après lui, plus jamais la "valiha" ne sera considérée comme un instrument mineur. Ce musicien était un virtuose impressionnant. Il était un des rares musiciens que ses pairs saluaient à l'unanimité comme un artiste doué d'un sens mélodique exceptionnel.

LA PREDICTION SE REALISE

     Cadet d'une famille de 2 enfants, c'est à Amboasarikely (Antsahavola), un quartier de la capitale qu'il a vu le jour le 31 décembre 1928. Son père Ramanandafy Michel Pierre jouait du violon et sa mère Razafindravao Hélène adorait chanter. Issu de parents musiciens, le talent de Sylvestre Randafison s'est révélé très tôt. A 8 ans, il accompagnait à l'harmonie les cantiques de l'église catholique de Manandriana d'où son père est originaire. Plus tard, il a approfondi sa connaissance au piano sous l'autorité du célèbre Pr. Jean Bernarson et a excellé dans divers styles de musique et d'instruments de musique à travers les enseignements du Père Damantsoha Razafintsalama, qui l'avait beaucoup aidé. Mais de tous les instruments, c'est sur la "valiha" qu'il a jeté son dévolu. Avec son grand frère Randafison Rémy qui en jouait aussi, ils avaient fondé le groupe Ny Antsaly (ce groupe est connu et apprécié dans le monde pour ses activités musicales traditionnelles). Il avait raconté une fois à ses enfants qu'il avait vécu une enfance et une jeunesse sans problème sauf qu'un jour alors qu'il chantonnait en gardant les bœufs de ses parents dans les champs, un inconnu s'était approché de lui pour lui confier "qu'il deviendrait un homme célèbre et ferait le tour du monde". La prédiction de cet inconnu s'est réalisée car le trio Ny Antsaly dans lequel il évoluait s'était produit dans de nombreux pays. Les qualités musicales du groupe ont dépassé les frontières nationales. Sylvestre Randafison est devenu un musicien phare dont les œuvres à la "valiha" ont grandement contribué à fixer l'image de Madagascar dans le monde.

PROFESSEUR EXIGEANT

     C'est dans le quartier de son enfance à Amboasarikely qu'il a rencontré la femme de sa vie, Ravaonirina Josiane avec laquelle il s'est marié et a eu 6 enfants; 2 garçons et 4 filles. Professeur de musique accompli et exigeant, Sylvestre Randafison composait, dirigeait et donnait des cours de maître. Il a été un des fondateurs du CNEM (centre national d'enseignement de la musique). Il a enseigné à l'University of Washington aux Etats-Unis. Pour ne citer que ceux-là. Mais il adorait surtout dans ses moments de liberté regarder ses enfants chanter pour corriger leurs petits défauts et leurs imperfections. Il aimait aussi leur apprendre à écouter la musique classique. Mais aucun de ses enfants n'a vraiment suivi sa trace bien qu'ils soient tous amateurs de musique. Il était même un peu déçu d'avoir beaucoup donné aux autres sans avoir fait autant pour les siens. Ses filles étaient plus intéressées par la valiha que ses garçons. Et ce sont surtout elles qu'il emmenait se produire dans les spectacles et les invitations de particuliers. On dit souvent qu'un bon musicien sait dévoiler ce qui est caché dans un morceau de musique. Sylvestre Randafison en avait l'art. Lorsqu'on écoute certains de ces morceaux comme "Mandany resaka" dans lequel il s'adresse à la jeunesse dans un ton ou plutôt un son... moraliste. Il ne s'est jamais contenté de son talent qu'il a développé jusqu'au bout mais aussi de la beauté de sa musique. Il adorait par dessus tout jouer "Somambisamby" qu'il traduisait par "clair-obscur" lorsqu'il était transporté entre le rêve et la réalité. Dans les réunions familiales, il venait toujours avec sa "valiha" exprimer la joie des retrouvailles et l'amour avec "Izahay sy Malala", "Lanitra mangamanga" et "Miangaly" que le grand roi Andrianampoinimerina n'avait jamais pu évacuer de son esprit.
     Ambassadeur de la musique traditionnelle malgache, propagandiste infatigable de la Valiha, Sylvestre Randafison était un solitaire dans sa vie. Mais cela ne l'empêcha pas d'ouvrir grand son cœur à tous les artistes qui lui demandaient des conseils, et également à tous ses amis parmi lesquels il y avait Ludger, Ossy ou Ramaroson Wilson qu'il accompagnait souvent sur scène.

 

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