MENU
Une ville à la Une
Les Phoenix du pays
Espace Webmaster
Le Phoenix des Annuaires





  Google PageRank - Afficher son PR avec MyRank.org

Classement de sites - Inscrivez le vôtre!

   

ALBERT RAKOTO RATSIMAMANGA

Un éminent scientifique

Le 16 septembre 2001, Albert Rakoto Ratsimamanga s'éteignait. Pour Madagascar et les Malgaches, c'était l'homme du siècle qui s'en allait. Ses compatriotes l'avaient choisi pour être "le Malgache du XXe siècle" à la veille de l'an 2000 en raison de l'importance de son œuvre scientifique et de ses engagements en faveur de la fraternité et de la tolérance, témoignage de sa longue vie passionnée.
     Albert Rakoto Ratsimamanga a été avant tout un éminent scientifique dont la portée des travaux dépasse largement les limites de l'histoire de Madagascar. Il a été de la communauté de pensée des Joliot Curie, Leblond, Minz qui ont influencé la recherche scientifique française pour l'avancement de la rationalité universelle. D'abord assistant à la Faculté de Médecine de Paris, il est l'un des 4 directeurs scientifiques refondateurs après guerre du Centre National de la Recherche Scientifique. Il finit au CNRS comme directeur de recherches de classe exceptionnelle.


     Ses travaux concernent la biochimie, la physiologie des hormones, notamment cortico-surrénaliennes, des vitamines, spécialement la vitamine C. Il montre la présence d'hormones dans l'alimentation et leur rôle dans le développement de l'organisme, tout en dégageant les facteurs de détoxification cellulaire, particulièrement dans le foie, anticipant ainsi sur la notion moderne de nutraceutique. Son souci permanent est d'apporter concrètement une contribution à la santé publique par la mise sur le marché international des spécialités résultant de ses recherches. Les principaux sont la Cortine, extrait corticosurénalien contre les chocs opératoires, le Patelen, traitant les hépatites et les réactions lépreuses, le Madécassol cicatrisant majeur des lésions cutanéomuqueuses: graves brûlures, escarres, gangrènes, plaies lépreuses, inspiré par les observations de botanistes comme Pierre Boiteau et des tradipraticiens, sur la Centella asiatica, talapetraka.

     Par la création de l'Institut Malgache de Recherches Appliquées (IMRA) en 1957, il concrétise l'un des grands rêves de sa vie qui est de mettre au point des médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle. Il sera aidé en cela par son frère aîné Rakotoson et le docteur Rajaonarison. Ces médicaments sont adaptés aux ressources de la population du pays. Avec son équipe, il crée des thérapies contre le paludisme, la lèpre, l'asthme, la lithiase, l'hypertension artérielle, les hépatites et autres affections courantes. Il met au point le premier antidiabétique d'origine entièrement végétale: le Madéglucyl issu d'Eugenia jambolena (rotra).

  • Longtemps doyen de l'Académie Nationale Malgache, Albert Rakoto Ratsimamanga est professeur émérite de la Faculté de Médecine d'Antananarivo.
  • Membre fondateur de l'Académie des Sciences du Tiers Monde et de l'Académie des Sciences d'Afrique
  • Membre de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer
  • Il est correspondant de l'Académie des Sciences (Institut de France) depuis 1966 et de l'Académie de Médecine française depuis 1967.
     Personnalité particulièrement charismatique, humaniste fervent au service des humbles et des déshérités, ce grand savant encourageait les initiatives par des stratégies adaptées au génie malgache, tout en régénérant les richesses de la biodiversité de l'île.

     Ses compatriotes l'avaient choisi pour être "le Malgache du XXe siècle" à la veille de l'an 2000 en raison de l'importance de son œuvre scientifique et de ses engagements en faveur de la fraternité et de la tolérance, témoignage de sa longue vie passionnée.

UN PUR PRODUIT DE L'IMERINA!

     Il aurait pu avoir une existence pareille à celle de nombreux compatriotes de son époque, et vivre, comme en notable respecté de la Ville des Mille fondateur d'Antananarivo, la capitale de Madagascar ou comme un Malgache en exil après sa retraite du CNRS.

Ratsimamanga est un pur produit de l'Imerina dont s'enorgueillissent tous les Malgaches.
     Né le 28 décembre 1907 à Antananarivo, Albert Rakoto Ratsimamanga était par son père petit-fils du prince Ratsimamanga, oncle utérin et conseiller de la Reine Ranavalona III. Le prince fut soupçonné avec la Reine et le Général Rainandriamampandry, à qui la France n'avait jamais pardonné sa brillante victoire lors de la bataille de Toamasina lors de la guerre franco-malgache, de collusion avec la résistance populaire des "Toges Rouges" Menalamba qui éclata dans toute l'Ile dès la signature du Protectorat avant même la colonisation de l'île. Au lendemain de l'annexion, la Reine et le Premier Ministre son époux furent exilés. Ratsimamanga et Rainandriamampandry furent fusillés pour l'exemple sur la place publique en 1897. La signature de la loi d'annexion en 1896 promulgua aussi la suppression de la monarchie et des privilèges y afférents; tout en abolissant l'esclavage, elle saisit tous les biens des familles rattachées à la royauté: la famille paternelle de Ratsimamanga se trouva ainsi complètement ruinée.

     Par sa mère, Albert Rakoto Ratsimamanga appartient à de valeureux Tsimahafotsy, "gens libres" hova, d'Alasora dont la tombe est un lieu de pèlerinage pour les patriotes et les résistants partant en guerre. Rafiara, enterré debout comme s'il partait à la guerre est l'ancêtre éponyme du lignage maternel de Ratsimamanga. Relativement instruite, cette famille permettra d'apprendre au petit Albert Rakoto Ratsimamanga le travail, la patience, et l'effort perpétuels. Les femmes qui l'élèveront surtout après la mort de son père alors qu'il n'avait que 11 ans, lui rappelleront toujours la défaite du pays et les traditions ancestrales qui exigent des personnes de haut rang de sacraliser la terre des ancêtres. Albert Rakoto Ratsimamanga est donc issu de cette "classe" de privilégiés du 19e siècle malgache qui fonctionne au-dessus du système de "castes" et dont la tâche se définit d'avoir des pensées et des actes bénéfiques, parce que d'origine sacrée, masina, envers la communauté des vivants. L'un des défis majeurs de la vie d'Albert Rakoto Ratsimamanga fut de rester dans la double tradition patriotique de sa famille tout en n'acceptant pas la défaite.

UN MALGACHE PATRIOTE

     D'abord élève des collèges Anglicans et protestants, Albert Rakoto Ratsimamanga fut formé à l'Ecole de Médecine de Befelatanana à Antananarivo où il connut des personnalités du mouvement culturel appelé "Fer, Pierre, Ramification" V.V.S. (Vy Vato Sakelika). Les animateurs du mouvement furent envoyés dans les provinces et aux Comores par la répression. Médecin de l'Assistance Médicale Indigène, il prend conscience de l'état médical extrêmement précaire des populations de la Côte Est malgache où sont installées les concessions coloniales de cultures riches d'exportation, et il y eut ses premiers contacts avec la science des "chefs-guérisseurs" ou tangalamena, du pays betsimisaraka.

     Accompagnant la délégation malgache pour l'Exposition Coloniale de 1930 et continuant ses études à Paris, il devint docteur en médecine, docteur ès sciences, diplômé de l'Institut de Médecine Exotique. Intégré dès son arrivée dans le milieu des étudiants patriotes, il se fait des amis comme Prosper Rajaobelina, Hermann Ravelomanana, Maurice Rajaofera et bien d'autres dont le principal souci était de construire les bases théoriques de l'indépendance de Madagascar. Avec eux, Albert Rakoto Ratsimamanga fonde l'Association des Etudiants d'Origine Malgache (AEOM) où se formeront la majorité des militants pour le renouveau de Madagascar en France et qui seront toujours, au-delà des changements de régime, être un creuset des échanges de nouvelles, d'idées, d'actions d'une diaspora dynamique.

     Il devint en 1946 cofondateur du grand parti indépendantiste malgache d'après-guerre avec les grands noms du Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache (MDRM): Ravoahangy, Raseta, les deux Rabemananjara Jacques et Raymond William, Raherivelo Ramamonjy et d'autres. Bien qu'ayant toujours défendu des positions légalistes, il s'élève contre la répression sanglante du MDRM de 1947. La majorité des cadres de l'insurrection armée furent des anciens combattants en France dont plusieurs avaient fait la guerre avec lui.

     Albert Rakoto Ratsimamanga participe activement à la préparation de la Loi Cadre sous le gouvernement SFIO de Gaston Deferre. Il fit partie de la délégation malgache du transfert des compétences entre la France et Madagascar. A la déclaration de l'indépendance, il est nommé ambassadeur de la nouvelle République Malgache en France et crée les ambassades en Allemagne Fédérale, en URSS, en Chine, en Corée du Nord et en Sierra Leone. Il fut, par ailleurs, expert ou représentant de son pays auprès de nombreux organismes internationaux comme l'OMS, la FAO et l'UNESCO dont il fut vice-président du conseil exécutif. La conception du Professeur Albert Rakoto Ratsimamanga sur la politique au moment de l'indépendance est que les cadres merina doivent s'effacer politique et rester des techniciens.

 

[Copyright © 2006-2008, The Phoenix Magazine Madagasikara.] [Privacy Policy] [Contact] [Plan du site]
//