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Ethnotourisme à Madagascar

Il semblerait que le monde des peuples autochtones et des dernières tribus soit de plus en plus à la mode et aux goûts du jour.

Des femmes Vezo et leurs enfants
qui attendent leur maris pechêurs
     Madagascar marque son originalité avec ses 18 millions d'habitants, représentatifs des 19 peuples ici rassemblés. Chacun d'eux imprime son identité au pays, au gré des régions où ils vivent et se distinguent par des métiers et techniques, des modes de vie, des traditions et rites spécifiques. Ils illustrent aussi les origines du peuplement de l'île : les Merina de la région d'Antananarivo et les Betsileo de la région de Fianarantsoa affichent des traits à dominante indonésienne, tandis que les Sakalava de la côte ouest semblent proches des peuples d'Afrique de l'Est.
En fait, bien avant que les peuples du nord ne découvrent l'Océan Indien et le Pacifique Sud, des navigateurs évoluaient déjà dans ces immensités marines. Ils allaient de Hawaï au Nord à la Nouvelle-Zélande au sud, de l'île de Pâques à l'Est à la côte africaine à l'Ouest, faisant escale pour certains, ou terminus pour d'autres, à Madagascar. D'autres migrations vinrent ensuite de l'Afrique; aussi la langue, la culture et les types humains de la Grande Ile s'apparentent-ils, à la fois, à l'Asie et à l'Afrique. En fait, Madagascar a joué un rôle de creuset de populations: Merina « hommes des hauteurs », Sakalava « hommes de la petite vallée qui coupe la grande », Antaimoro « hommes des rivages » ou autres Antandroy « hommes qui habitent dans les épines ». La forme des maisons et le culte des ancêtres rappellent l'Asie. L'omniprésence du zébu durant les rites et son importance comme signe de richesse ou encore le rite de la circoncision, et enfin, les méthodes de poterie témoignent des liens avec les civilisations d'Afrique de l'Est.


Des Tombeaux Antanosy
     On imagine déjà les ethnotouristes qui viennent à Madagascar s’essayer à la cuisine malagasy la plus surprenante, se vêtir de nos lamba, lambahoany ou malabary, ou singer les rites et les traditions les plus sacrés. Le souci d'une frange de gens est que le développement d’un ethnotourisme de masse au sein des communautés autochtones menace l’intégrité morale et spirituelle des ces dernières qui sont déjà les plus fragilisées de la planète. Aller à la rencontre des peuples autochtones, pourquoi pas ? Prudence cependant, car beaucoup de ces cultures, déjà en voie de disparition, sont jetées en pâture à un tourisme pas forcément très éthique. Bien des tours-opérateurs proposent aux touristes de partir à l'aventure au-devant des peuples autochtones. Mais cela n'est pas sans danger, car ce sont rarement eux qui profitent des devises.


     Une des grandes richesses du tourisme malagasy est son peuple et ses cultures. Madagasikara s'est constitué au fil des siècles par l'association de peuples aux langues, origines et cultures différentes. Chaque peuple de l'île a des traditions, une identité de groupe.... mais tous se considèrent comme Malagasy, et ont en commun une même langue parlée dans tout le pays. Tous adhérent aux mêmes croyances et perpétuent des traditions aux origines séculaires. Les malagasy se définissent avant tout par rapport à leur milieu. C'est un être social, qui prend le temps d'aller à l'encontre l'autre, de l'écouter, de s'informer sur lui et les siens. Ce dialogue constant, ce partage, les Malagasy l'entretiennent au quotidien mais également à l'occasion de nombreuses fêtes à caractère folklorique ou religieux. Ils se réfèrent constamment au temps d'avant, à l'aînésse, à l'antériorité. Ces repères dictent leur pensée et la trame sociale. C'est vers les ancêtres divinisés ou « razana » que se portera le culte des malagasy, ceux-ci ayant pouvoir d'intercéder auprès du dieu omnipotent, l'« Andriamanitra » (le Seigneur Parfurmé) ou du dieu créateur l'« Andriananahary » (le Seigneur Créateur). Notons qu'en déhors de la religion traditionnelle, Madagascar compterait environ 40% de chrétiens et 200.000 musulmans.

[ UN FOLKLORE ET UN ARTISANAT TRES VIVANTS ]

     Du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, en passant par les Hauts plateaux, Madagascar chante et danse. Pas seulement sur des rythmes modernes, pas forcément sur des variétés au goût du jour international. Les traditions sont bien vivantes, dans toutes les régions du pays, dans toute leur diversité. Nul besoin d'électricité, de scène et d'artistes professionnels pour faire vivre la culture populaire. Les interprètes sont paysans ou pêcheurs, les spectacles sont donnés lorsque la terre se repose, lorsque la mer est trop mauvaise, quand vient la saison des grandes fêtes familiales ou religieuses. Les peuples de Madagasikara nourrissent un calendrier de fêtes coutumières très dense et varié (voir liste des cérémonies traditionnelles). Le folklore malagasy est une explosion de joie où chacun se retrouve avec tout le monde. Dans une Grande île tellement imprégnée de la mémoire des ancêtres, les chants et les danses rappellent la profondeur des racines en même qu'ils divertissent la communauté. Leur diversité est à la taille du pays aux dix-huit peuples, même si d'évidents cousinages se révèlent d'une région à l'autre. Au-delà des spécificités régionales, la féerie des voix et des couleurs est la même chez les "Mpihira Gasy" du centre, dans les ensembles de l'Est avec leurs femmes habillées d'une longue robe multicolore et coiffées d'un chapeau de paille, ou chez les danseurs du Sud mimant le vol des oiseaux.

     Héritiers d'une longue tradition orale, les Malagasy sont aussi très habiles de leurs doigts, très ingénieux. A tel point que la découverte des mille facettes de l'artisanat malagasy pourrait faire l'objet de circuits spécifiques. (Voir liste des principaux centres d'artisanat).

Le développement des infrastructures touristiques est une menace importante pour le mode de vie autochtone

     Les communautés autochtones expriment le désir que soient garantis leurs droits de préserver un mode de vie, qui, de longue date, a fait la preuve qu’une société humaine peut vivre dans un milieu sans nécessairement le détruire. Des questions attendent des réponses pour Madagascar vis-à-vis de l'ethnotourisme. L’invasion touristique nuirait-t-il à la tranquillité des communautés autochtones et risquerait-t-il de livrer leurs villages au voyeurisme le plus malsain ? L’écotourisme provoquerait-t-il l’aggravation du choc culturel ? L'écotourisme « durable ne bouleverserait pas le mode de vie des communautés autochtones » Le projet d’écotourisme est lié à celui d’ethnotourisme qu’on peut aisément deviner derrière l’idée de « valoriser » les cultures locales. S’il s’agit de leur permettre de se faire connaître à l’extérieur, très bien, mais s’il s’agit, comme on est en droit de le soupçonner, de formes diverses de mercantilisme, le risque est grand d’aller vers un appauvrissement culturel en même temps qu’une dégradation écologique. L’ethnotourisme permettra notamment aux « primitifs » de développer certains aspects rentables de leur culture, comme ces objets usuels qu’on appelle artisanat dès lors qu’ils deviennent objets de commerce...


     Le développement des infrastructures touristiques est une menace importante pour le mode de vie autochtone. Un seul exemple : « Les réserves de faune que l'on trouve un peu partout en Afrique de l'Est étaient des zones de pâturage pour des peuples nomades comme les Saringeti ou les Masaï»


     L'Icra (Commission internationale pour les droits des peuples indigènes) souligne à quel point le mode de vie autochtone est une « formidable machine à faire fantasmer le touriste occidental en mal d'exotisme facile ». Le problème, c'est que l'aspect développement durable, mis en avant par les tours-opérateurs, est loin d'être toujours valable. « La situation des droits de l'homme et des minorités ethniques est souvent désastreuse, lit-on sur le site de l'Icra, et dans ce contexte, les minorités sont exploitées par des sociétés de tourisme locales, les guides sont issus des ethnies dominantes et les bénéfices reviennent majoritairement aux tours-opérateurs, réceptifs locaux, chaînes hôtelières et compagnies aériennes. Reste les miettes pour les tribaux : bonbons, stylos, médicaments distribués à la sauvette, danses folkloriques payantes, vente d'artisanat… » Pour de l'argent, les autochtones essayent de coller au fantasme occidental, en entretenant, à la demande des voyagistes, les clichés et les stéréotypes. Par exemple que les Touaregs proposent maintenant des danses du ventre aux touristes, alors que cela ne fait pas du tout partie de leur culture. Ces considérations valent pour toutes les minorités ethniques, et pas seulement les autochtones : en Indonésie, des Papous se mettent en scène dans de faux villages traditionnels et miment des fêtes rituelles… La culture et les traditions deviennent des marchandises et les touristes détruisent involontairement ce qu'ils sont venus découvrir.


Le nomadisme en vogue

     Les peuples autochtones sont en train de disparaître, mais leurs valeurs n'ont jamais été aussi exaltées dans nos sociétés de consommation : métissage et nomadisme sont devenus de véritables objets de marketing. Nous empruntons aux Tziganes, Mongols ou Touaregs, la richesse de leur culture et de leurs traditions, pour satisfaire notre besoin d'exotisme sans sortir de chez nous.


     Ainsi, on ne jure que par la cuisine du monde et les meubles ethniques, on ne sort plus sans son bonnet péruvien, on s'offre des kilims turcs pour Noël ou bien des livres qui vantent l'art de vivre dans une yourte, un tipi, une tente bédouine, une roulotte… De la décoration à la mode, en passant par la publicité, les loisirs ou le cinéma, il fait bon évoquer les traditions ancestrales des tribus les plus reculées. Avec son côté bohème, la roulotte (proposée par la société Bocages) est maintenant l'accessoire privilégié des vacances des Parisiens en mal de sensations… à condition qu'elle soit équipée de manière ultra-moderne, bien sûr.


     Tenues par un matérialisme contraignant, nos sociétés occidentales tentent de réinventer, avec plus ou moins de succès, de nouvelles formes de nomadisme, souvent virtuelles… Le téléphone et l'ordinateur portables en sont de formidables témoins. Et les pros du marketing n'ont de cesse d'inventer de nouveaux produits alimentaires pratiques à transporter, des vêtements fonctionnels qui font « short et pantalon », des objets-gadgets si petits qu'on peut toujours les avoir avec soi. Une manière pour les sédentaires que nous sommes de s'évader dans un pseudo-nomadisme moderniste…


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