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ACTIVITÉS DE LA DIRECTION DE L'OFFICE DU TOURISME DE MADAGASCAR EN 1960

En 1960, la Direction de l'O.T.M. s'est attachée à réaliser un programme d'action, programme limité qui, parce qu'il en était ainsi, a pu être amorcé ou mené à bonne fin, si bien qu'au seuil de la nouvelle année on peut envisager l'avenir touristique de Madagascar avec un certain optimisme, à condition bien entendu que nous ne relâchions pas nos efforts pour poursuivre l'action commencée.

Celle-ci s'est déroulée dans un climat de meilleure compréhension que par le passé, en ce qui concerne la place du tourisme dans l'optique nationale, à en juger par l'aide matérielle que l'O.T.M. a reçue des secteurs publics et privés intéressés par ses activités, à en juger aussi par les réactions de l'opinion qui commence à avoir le sens du tourisme. Est-ce à dire que le tourisme est devenu une grande préoccupation du pays. Il serait prématuré de l'affirmer et long est encore le chemin à parcourir pour qu'il en soit ainsi, pour que l'exploitation des ressources touristiques malgaches atteigne son plein effet.

Les activités de l'Office du Tourisme sont multiples et variées. Elles vont des renseignements touristiques à fournir sur place ou à l'extérieur aux projets de mise en valeur de tel ou tel secteur touristique du pays. Malgré le nombre restreint de son personnel, malgré aussi le développement empirique de ses activités, du fait du nouveau régime politique de Madagascar, la Direction de l'O.T.M. s'est efforcée de faire face aux tâches qui lui incombent.

Ce nouveau régime politique a rendu nécessaire la refonte de textes législatifs qui intéressent le tourisme. Dans ce domaine, l'O.T.M. a collaboré avec les directions des contributions directes et indirectes pour l'élaboration du régime des patentes (ordonnance n° 60-122 du 1er octobre 1960), de la réglementation des boissons (ordonnance n° 60-098 du 24 septembre 1960), de l'exemption de la moitié des droits de mutation sur l'acquisition d'immeubles à usage d'entreprises ou d'établissements concourant au développement de l'industrie touristique (ordonnance n° 60-138 du 3 octobre 1960). Les décrets d'application de ces textes sont actuellement en préparation et, à leur rédaction, participe également l'Office du Tourisme. Son intervention vise en particulier à la défense des intérêts hôteliers, parfois méconnus, et d'une manière générale à la promotion de l'industrie touristique.

L'hôtellerie de campagne continue à poser un problème d'actualité, comme il a été donné à l'O.T.M. de le constater l'année dernière. Les hôtels de campagne ont des charges dont le poids n'est pas toujours en rapport avec leur rendement. Pour cette raison, à laquelle s'ajoutent les motifs personnels qui ont dicté la décision des propriétaires, trois d'entre eux sur cent neuf - il s'agit d'hôtels de campagne - ont dû fermer leurs portes.

Le problème des hôtels de campagne rend nécessaire une intervention en leur faveur. Cette intervention existe déjà sous la forme de réductions des droits de patente et de licence accordées par les provinces, réductions auxquelles, lorsqu'elles sont demandées, l'O.T.M., qui doit formuler son avis en la matière, s'est toujours montré favorable.

Par ailleurs, pour la défense et la promotion de l'hôtellerie à Madagascar, grâce à une intervention de la Présidence de la République, la S.M.I.C. a décidé de normaliser l'octroi de prêts à l'hôtellerie. à cet effet, un comité d'octroi de prêts a été créé en 1960 au sein de cet organisme. Ce comité fonctionne actuellement, et l'O.T.M. y est représenté par son directeur.

Dans le même but, l'O.T.M. a fait établir deux plans-types d'hôtels de coûts différents qu'il met gracieusement à la disposition des hôteliers désireux, non seulement de faire du neuf, mais aussi d'avoir un petit ensemble hôtelier fonctionnel. Ces plans d'architecte ont été établis en prévision de leur rentabilité. Le premier notamment est conçu de manière à permettre à l'hôtelier d'avoir des activités marginales pour accroître cette rentabilité.

Jusqu'à ce jour, l'O.T.M. a fourni ce plan aux hôteliers de Mandritsara et de Port-Bergé, dont les établissements ont été détruits par les cyclones de 1959. L'hôtelier de Port-Bergé a informé l'O.T.M. que les travaux de construction de son hôtel vont commencer incessamment. Le même document a été également demandé par le nouvel hôtelier de Mananjary où le vétuste “Hôtel Simonet” doit faire place à une construction neuve.

Enfin, en ce qui concerne les hôtels malgaches, l'O.T.M., avec la collaboration des provinces, a entrepris l'inventaire de ces établissements. Les volumineux dossiers de ces hôtels, centralisés à la Direction de l'O.T.M., seront dépouillés lorsqu'ils seront au complet. Ce dépouillement permettra de classer ces établissements et de retenir ceux d'entre eux qui remplissent effectivement une fonction hôtelière, qui méritent d'être encouragés et, le cas échéant, aidés d'une façon ou d'une autre.

De nouveaux hôtels sont ouverts : “Le Galion” à Fort-Dauphin, l'“Hôtel Papillon” à Fianarantsoa, l'“Hôtel Riviera” à Ambohidratrimo. Ce dernier, conçu et réalisé suivant les directives données par l'O.T.M. en juillet 1959, a été inauguré le 21 janvier dernier. Il est prévu pour bénéficier des avantages accordés aux établissements reconnus d'intérêt touristique, au même titre que l'“Hôtel Hoareau” à Foulpointe et l'“Hôtel de France” à Tananarive, établissements dont la reconnaissance est intervenue par arrêtés pris au cours de l'année 1960.

Certains hôteliers, enfin, ont fait un effort méritoire, soit pour améliorer le standing de leur établissement, soit pour en accroître le confort, soit pour augmenter le nombre de leurs chambres. Si, en 1960, trois hôtels de campagne ont fermé leurs portes pour l'ensemble de Madagascar, le nombre de chambres correspondant à cet ensemble, non compris les trois nouveaux hôtels mentionnés ci-dessus, est passé :

  • de 1 723 chambres dont 275 avec douches minimum en 1959 
  • à 1 733 chambres dont 312 avec douches minimum fin 1960.
En résumé, il faut reconnaître qu'une amélioration notable s'est produite courant 1960 dans le standing des hôtels existants et que l'évolution de l'hôtellerie est favorable. C'est là, semble-t-il, le critérium valable qu'il convient de retenir pour porter une appréciation objective sur la situation de l'industrie hôtelière dans le Territoire. Est-ce à dire que cette industrie ne pose pas de problèmes  Tant s'en faut. Certaines localités de second ordre sont dépourvues d'établissement hôtelier. D'autres ont des hôtels de standing médiocre. Il est certain que les pouvoirs publics, en dehors de leur intervention dans le domaine fiscal en faveur des petits hôtels, ne peuvent prendre directement en charge la construction ou même seulement l'amélioration de ces petits hôtels. Tout au plus, pourrait-on envisager la création d'un fonds hôtelier dont l'action s'ajouterait aux possibilités d'octroi de prêts qu'offre actuellement la S.M.I.C.

L'O.T.M. a poursuivi normalement l'édition de ses documents de propagande. La présentation de la “Revue” a été améliorée et le numéro consacré aux “Vacances à Madagascar” a connu un succès particulier. En 1960 est parue une série de dépliants en français et en anglais sur Tananarive, Antsirabe et Tamatave. Deux versions d'un dépliant sur le Sud - l'une en français, l'autre en anglais - ainsi qu'une plaquette sur les eaux thermales d'Antsirabe sont en cours d'impression et un dépliant consacré à l'ensemble de Madagascar est en cours de préparation.

Dans le courant de 1961, l'O.T.M. sera amené à envisager l'édition de dépliants en malgache.

L'O.T.M. a participé à la réception d'hôtes de marque de Madagascar ainsi qu'à l'organisation de manifestations et activités d'intérêt national survenues dans l'année : Jeux de la Communauté - Congrès de la C.C.T.A. - Proclamation de l'Indépendance - Fête Nationale.

Cette participation s'est traduite par la remise de pochettes de documents touristiques aux personnalités étrangères venues dans l'Île, la préparation de circuits touristiques à leur intention et, enfin, la mise à leur disposition de guides pour leurs déplacements.

L'escale faite par les quelque trois cent cinquante grands touristes américains du Bergensfjord à Tamatave, en mars 1960, a amené l'Office du Tourisme à mettre au point, avec la collaboration de divers organismes, d'une part leur réception à Tamatave, d'autre part le voyage par avion d'un certain nombre d'entre eux à Tananarive. à Tamatave, un stand a été mis en place au port pour un jour ; il a permis aux visiteurs de se procurer des objets et souvenirs du pays ; même stand à Tananarive à la Chambre de commerce. Touristes et organisateurs de la croisière du Bergensfjord sont repartis satisfaits de cette escale qui, par ailleurs, dans les deux villes, a créé un mouvement d'affaires de l'ordre de deux millions.

L'accession de Madagascar à l'indépendance suscite de plus en plus en sa faveur l'intérêt de l'extérieur. En effet, outre le grand nombre d'étrangers qui ont visité l'Île, l'O.T.M. a reçu un volume croissant de correspondances qui témoignent de cet intérêt : demandes de renseignements, de documentation, projets de voyage à Madagascar, etc.

Conformément au rapport présenté l'année dernière, l'O.T.M. s'est attaché à étaler ses activités sur toutes les régions de l'Île. C'est ainsi qu'il a contribué :

  • à l'aménagement du nouveau plan d'eau de Sahambavy près de Fianarantsoa ;
  • à la remise en état de la piscine d'Ampefy ;
  • à l'installation du téléphone au village touristique d'Ambatolaoka ;
  • à la remise en état du Fort-Hova de Foulpointe ;
  • Au projet de construction d'un bac automoteur entre Antsahampano et Nosy-Bé.
Ce projet intéresse particulièrement la province de Diégo-Suarez et la commune de Nossi-Bé ; outre le grand intérêt économique que présente le futur bac et que d'aucuns reconnaissent, sur le plan touristique, ce bac, commandé à l'arsenal de Diégo-Suarez en décembre dernier, permettra d'ici une dizaine de mois aux gens de Diégo-Suarez de se rendre avec leur voiture à Nossi-Bé, notamment pour un séjour de week-end.

L'amorce du tourisme populaire, définie au début de 1960, a amené l'O.T.M. à réaliser la construction de bungalows à Ampefy et à Majunga.

Ces bungalows, dont les plans ont été établis à l'O.T.M., sont conçus pour servir à des familles et pour permettre à celles-ci de faire éventuellement une petite cuisine familiale. Ils sont équipés à cet effet, à la différence des bungalows de Sainte-Marie qui, réalisés en 1959, sont complétés par un bar et une salle de restaurant. Chaque bungalow comprend deux logements. Chaque logement, pour quatre personnes, a notamment : 2 lits à étage, le matériel de cuisine et une douche.

Les bungalows d'Ampefy ont en plus un W.C. incorporé. Ils sont en dur. Leur construction a été confiée au chef du district de Soavinandriana. Ils se trouvent dans le petit bois situé non loin de la piscine. Leur alimentation en eau sera assurée par un réservoir que la Régie des chemins de fer a eu l'obligeance de mettre à la disposition de l'O.T.M.

Les bungalows de Majunga présentent les mêmes caractéristiques que ceux d'Ampefy, avec cette différence qu'ils sont en partie en dur, en partie en matériaux du pays. Au nombre de quatre, ils peuvent recevoir trente-deux personnes, avec leurs huit logements. Situés sur la plage, à quelque distance du port Schneider, ils ont l'électricité et leur alimentation en eau sera assurée par une canalisation branchée sur celle de la ville.

Les bungalows de Majunga ont été réalisés par la collaboration financière de l'O.T.M. et de la commune de Majunga, celle-ci ayant en plus fourni une partie des matériaux et de la main-d'œuvre.

Pour longtemps encore, la plus grande partie de la production agricole malgache relèvera du travail du paysan ou de la colonisation familiale traditionnelle. La somme des améliorations réalisées dans les exploitations individuelles et paysannes demeure le véritable facteur de progrès immédiat que l'aménagement à plus ou moins longue échéance de nouveaux et grands périmètres car elle peut permettre sans grandes dépenses de doubler ou de tripler la production globale. Les plus élémentaires progrès dans l'outillage, la diffusion informative de l'engrais vert, la diffusion des semences améliorées, la pratique de l'assolement, le planage qui facilite le travail, doivent conduire non seulement à une meilleure utilisation des sols mais également à l'extension des cultures sur des parcelles, et non des périmètres, jusque là négligées, au-dessus des possibilités d'un effort mal dirigé. Le rendement des rizières paysannales doublé voire même triplé, n'est-ce pas là un résultat d'une portée immense.

L'avenir de Madagascar repose sur le Bara ou l'Antandroy qui entourera sa maison, si simple soit-elle, de plants de manioc ou de maïs, sur le paysan Betsileo, travailleur infatigable de la terre, fier de son hangar à charrue sur le paysan de l'Imerina endimanché à sa façon autrement plus sympathique dans sa gaucherie que le citadin politicien palabreur et qui n'aboutit à rien. Quant aux entreprises malgaches, n'occupant encore qu'une part marginale de l'économie bien qu'une certaine élite se sentait prête à prendre la relève de certaines entreprises coloniales en commençant par la malgachisation des cadres, elles ne joueront pleinement leur rôle que si elles travaillent en étroite collaboration avec les paysans.

par E. RALAIMIHOATRA, Directeur de l'O.T.M. (1960)




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